FIRA 2018 : le futur de la robotique agricole

Le Forum International de la Robotique Agricole s’est tenu les 11 et 12 décembre 2018 à Toulouse. Plus de 20 speakers prescripteurs de l’innovation AgTech se sont exprimés sur les avancées et les pistes de développement de la robotique agricole pour les prochaines années.

Du robot de traite au tracteur sans cabine, en passant par la flotte de robots miniatures, la robotique agricole a de multiples facettes. Si ces robots sont principalement attendus pour limiter le recours à la main d’œuvre et les travaux pénibles, quels sont les grands défis qu’ils devront relever dans les prochaines années ?

La robotique agricole, l’alliée indispensable ?

Le machinisme agricole est un secteur qui se porte bien : avec 15 à 20% de croissance par an, il semblerait que la machine se rend de plus en plus présente dans les exploitations, et ne cesse de gagner en performance. En effet, les robots développés pour assister l’homme dans les travaux agricoles sont conçus de plus en plus « intelligents », et sont actuellement amenés à prendre des décisions pointues, et donc plus engageantes.

A l’heure de la nouvelle révolution agricole, la robotique est un outil exceptionnel pour l’optimisation des intrants, la réduction du temps et de la pénibilité du travail, le pilotage optimal des exploitations et le suivi des indicateurs de performance.

Mais le robot est-il indispensable, et a-t-il sa place dans toutes les exploitations ? Pour Gaëtan Severac, co-fondateur de Naïo Technologies, ce n’est pas forcément le cas : « Le robot est à inclure dans une réflexion globale de l’exploitation. Dans un contexte il va créer de la richesse, dans l’autre il va détruire quelque chose. Il n’existe pas de robot qui réponde à toutes les problématiques d’une exploitation. Le robot n’est pas une réponse à tout, il est un élément de réponse. »

C’est la réflexion principale du cercle de conférence de cette 3eme édition du FIRA. Comment et dans quel contexte intégrer le robot dans une exploitation ? Quelle est la place de la robotisation dans la prise de décision de l’agriculteur, et sa relation au métier de conseiller ? Quelles solutions pour toutes les agricultures ? Le retour agriculteur a été au cœur des échanges, notamment à travers deux tables rondes qui ont fait intervenir agriculteurs, agricultrices et conseillers.

Quelles nouvelles tendances pour les prochaines années ?

Si la robotique agricole a de multiples facettes et évolue de jour en jour, quelles sont les nouveaux axes de travail et les défis à relever pour construire une agriculture durable ?

Pour Claudia Roessler, Directrice Agriculture à Microsoft, l’intelligence artificielle est une alliée de choix pour développer une agriculture durable. Des solutions telles que TheYield, Buhler, ou Hololens sont actuellement développées pour l’agriculture sur 6 points : équipement, culture, géographie, produits et « mixed reality » pour simuler et prédire les comportements.

Pour Thomas Engel, Manager de l’innovation Stratégique et Technologique de John Deere, le véhicule autonome est une des réponses les plus attendues de demain. « Certains verrous sont cependant à lever pour permettre leur mise en circulation : la machine doit être irréprochable, pour acquérir la confiance des professionnels et de la population, et acquérir l’autorisation par les gouvernement à rouler sur la voie publique. Même le tracteur le plus performant du monde n’est d’aucune utilité s’il ne peut pas rejoindre la parcelle ! ». Véhicule autonome ou semi autonome, seul ou en flotte, le tracteur est le premier robot du secteur agricole.

Pour limiter la dépendance aux énergies fossiles, un gros effort est opéré sur la mise en circulation de véhicules électriques, et autonomes. John Deere développe ainsi différents types de machines sur batterie, ou bien même en filaire, tel des tramways. En effet, si le tout électrique est une première étape vers une agriculture moins dépendante du pétrole, il ne faut pas oublier que les composants des batteries sont rares, et que leur extraction nécessite un coût énorme en énergies fossiles. Si aujourd’hui nous mettons en place de nouvelles solutions, il y a fort à parier que de nouvelles technologies viendront enrichir les alternatives aux énergies fossiles…tels que le moteur à hydrogène ?

Mais si l’innovation en agriculture concerne en grande partie l’optimisation des intrants, et la mécanisation du travail, une nouvelle problématique voit maintenant le jour : l’économie de la data, et la réduction de la dépendance au réseau. Dans un contexte ou la majorité des zones agricoles ont un accès limité à la data, l’économie de connexion, et de dépendance au cloud, est un axe de développement important pour la diffusion de l’innovation en robotique. « Cela est vrai pour les pays en développement, mais aussi pour les pays développés ! », nous rappelle Santiago Santos Valle de la FAO, « l’innovation ne doit pas oublier une partie des exploitations ».

L’accès à l’innovation pour tous, est-ce possible ?

Une réflexion profonde sur l’accessibilité à l’innovation a été abordée, soulignée d’autant plus par les interventions d’agriculteurs sur de petites exploitations.

Pour François Purseigle, sociologue, la véritable révolution agricole amorcée par l’introduction de la robotique ne pourra avoir lieu que si cette innovation est accessible à tous les agriculteurs. Actuellement, la plupart de ces innovations sont coûteuses, et dimensionnées pour les exploitations de grande taille, ou bien pour une agriculture dite « de firme ». Or, près de 90% des fermes de France sont des exploitations familiales, de taille moyenne. Pour Monsieur Purseigle, il est indispensable que ces exploitations puissent également avoir accès à une innovation dimensionnée pour leur fonctionnement. « Les organisations professionnelles agricoles joueront un rôle majeur dans la diffusion de l’innovation aux exploitation agricoles. Les organisations historiques (Chambres, Coopératives, syndicats) mais aussi les nouvelles structures d’accompagnement et d’encadrement (clusters, associations, chaires, etc.) doivent se saisir de la problématiques d’accès à l’innovation pour tous les types d’exploitations », précise-t-il.

C’est précisément sur cette thématique qu’AgrOnov a réalisé un pitch lors de la seconde journée du FIRA. Liselore Martin, Chargée de développement, a présenté en quoi le lien terrain est essentiel pour le transfert de l’innovation, et comment nous le mobilisons dans nos démarches au quotidien.

En conclusion, la robotique agricole doit aujourd’hui relever des défis tant technologiques qu’organisationnels. La diffusion de cette innovation agricole à tous les types d’exploitations dépendra de l’accompagnement à l’agriculteur. C’est le défi que nous relevons chaque jour, avec l’ensemble du réseau AgrOnov.

 

Crédits Photo 1, 2 et 3: Tien Tran / Crédits Photo 4 : Mathilde Rivière

 

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