Découverte du Wine Paris

Wine Paris est le nouveau rendez-vous international des professionnels du vin ! Réunion de ViniSud et VinoVision, le salon a rassemblé la profesion le temps de 3 jours à Paris. AgrOnov est allé repérer cette première édition d’un salon du Commerce des Vins qui rassemble les plus grandes régions viticoles de France mais aussi les vins étrangers.

Welcome to Wine Paris !

Wine Paris [1] c’est un salon impressionnant, mais assez limité en termes de fréquentation, les exposants sont assez déçus…

On repère un pavillon Bourgogne, dont le BIVB est partenaire avec la fierté de regrouper 84 exposants ! C’est par ailleurs un stand que la Région Bourgogne Franche-Comté soutient via le calendrier officiel des actions internationales de la CCI pour les aides aux entreprises.

En tant que pôle d’innovation, nous ne représentons pas leur visiteur de prédilection : ce sont les commerciaux qui sont majoritairement présents. Mais ceux-ci montrent un intérêt pour les sujets d’innovation : autant dans le commerce des vins (avec des offres oenotouristiques et la valorisation des étiquettes) que dans les vignes directement. Oui, les services marketing et commerciaux ont bien conscience que maintenant pour vendre, il faut raconter une histoire qui ne commence plus à la dégustation avec la robe, la couleur, les arômes, mais bien une histoire qui débute depuis la culture du raisin, les pratiques de production et l’engagement responsable du domaine. Un point que NICOLAS, la célèbre chaîne de caviste qui regroupe plus de 500 magasins en France, a bien compris et prend en compte dans le recrutement de ses cavistes. C’est par ailleurs une bonne nouvelle pour vos les innovations en viticulture aussi : les pratiques agro-écologiques, biologiques, RSE, et de tous types de labels font partie de l’histoire du vin, celle que les consommateurs apprécient et veulent entendre. Sans garantir une rentabilité économique directe pour les exploitations, ces labels constituent une preuve de qualité pour le consommateur et appellent de nouveaux clients…

La RSE, une thématique importante pour la filière viticulture.

Spécialement abordée à l’occasion de la dernière conférence de la journée, que veut dire la RSE pour la filière viti ? En quoi est-elle différente de la certification biologique ?

L’agriculture biologique est une certification qui engage les moyens, depuis la production du raisin jusqu’à la mise en bouteille. Elle n’engage pas les résultats de l’exploitation et nombreux sont ceux qui trouvent très difficile et contraignante cette démarche. L’agriculture biologique en France est un cahier des charges gage de qualité, avec l’autorisation de certaines substances, l’interdiction d’autres substances (ndrl : les substances chimiques). La démarche RSE pour une entreprise implique une démarche de développement durable, avec les 3 piliers que l’on connait bien : économique, environnemental et social. Ces 3 piliers ont une importance égale pour la réussite de l’entreprise : la société, la terre et les hommes. Terra Vitis est une certification, la seule de la filière viticulture, qui prend un compte ces 3 champs et propose une démarche raisonnée qui assure la viabilité des exploitations : https://terravitis.com/ [2]

Les enjeux de communication et formation autour de la RSE restent prioritaires puisque 22.6% des entreprises de Terra Vitis interrogés (dans le cadre d’une enquête réalisée par DYCIA) ne connaissent pas du tout la démarche quand seulement 9.8% la connaissent précisément et 6.8% ont suivi une formation à ce sujet. Ceux-ci déclarent aussi qu’il est compliqué de s’y engager par manque de temps (62%) et car ils ne sont pas assez informés sur le sujet (60%).

Parlant de RSE, l’entreprise NICOLAS a planté une forêt de chêne à liège grâce à la collecte de bouchons et voit son rôle de promotion de la viticulture durable depuis la formation de ses collaborateurs au développement durable, jusqu’au soutien des viticulteurs dans leur pratiques agro-écologiques en passant par les consommateurs qu’il faut éduquer parce que oui : ils achètent du vin biologique mais ne sont pas choqués par le poids des bouteilles, les colles adhésives et nocives des étiquettes…

Et le changement climatique, quel impact dans nos vignobles français ?

L’INRA travaille sur ce sujet depuis quelques années et si les vignobles du « Nord » ont pu se réjouir un temps du réchauffement climatique pour leurs parcelles, la conscience et l’inquiétude est bien présente et fait émerger des initiatives d’innovation. On parle d’innovation mais c’est aussi le retour aux pratiques ancestrales, le retour de vieilles variétés de cépages, tous les moyens sont bons pour réagir et anticiper les évolutions futures du réchauffement climatique.

Dans une démarche de prospective, l’INRA a travaillé sur divers scénarios de réaction par rapport à ce changement climatique et malgré l’image très traditionnelle de nos vignobles français, la volonté d’innover est bien présente et on peut répartir les solutions en 6 grands domaines :

  1. Changement de cépages (résistance, tolérance à la sécheresse, etc.)
  2. Nouvelles pratiques (effeuillage pour garder la fraicheur, mode de taille, gestion du sol, etc.)
  3. Nouvelles pratiques œnologiques, solutions correctives (pour les degrés d’alcool par exemple).
  4. Réorganisation des plantations dans l’espace (tirer profit de l’hétérogénéité des parcelles).
  5. Changement dans les réglementations et institutions pour appeler plus de souplesse
  6. Construction des connaissances avec le citoyen et le consommateur.

Les problématiques ne sont pas les mêmes partout, en Aquitaine on craint le manque d’eau et la restriction qui pourrait découler d’un choix entre les cultures vivrières et la viticulture.

La coopérative de Buzet qui regroupe 1940 ha dans le Lot-et-Garonne a choisi un angle d’attaque intéressant : oui changer les cépages est une solution à étudier, mais cela ne peut pas se faire du jour au lendemain sur un vignoble, il faut mettre en place des actions concrètes et immédiates pour accompagner la transition vers des modèles plus vertueux. Deux leviers sont primordiaux : les couverts végétaux et l’agro-foresterie pour aller puiser les ressources en eau plus profond dans le sol.

De leur côté, les appellations travaillent aussi pour faire évoluer leur cahier des charges. En Languedoc par exemple, ce sont 15 nouveaux cépages qui ont été introduit dans l’appellation Languedoc à titre expérimentaux pour devenir une référence une fois les points d’appellation confirmé : le respect de l’expression du terroir mais aussi la rentabilité assurée grâce à ces cépages. On rappelle bien que le vin, dans toute son Histoire, est passé d’un élément de consommation à une véritable économie. L’évolution du climat nous force aujourd’hui à trouver des solutions innovantes pour recréer un équilibre. Des solutions innovantes que l’on pourra faire émerger grâce aux groupes d’échanges, aux réseaux d’innovations, aux recherches, aux actions de communication, sur les salons comme Wine Paris, mais aussi lors de plus petites actions comme les groupes de travail, aux partages de bonnes pratiques, les mises en relation des réseaux, les colloques scientifiques, etc.