Cultivons la résilience en maraîchage et grandes cultures
Réduire l’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture est aujourd’hui un enjeu majeur en réponse à des attentes environnementales, sanitaires et sociétales fortes. Cependant, cette évolution entraine plusieurs défis pour les agriculteurs, à la fois techniques et économiques. Pour les grandes cultures comme pour le maraîchage, de nombreuses solutions permettent une diminution de la dépendance aux phytos, sans perte de performance des systèmes de productions. Cette transition passe par une approche globale prenant en compte les différents aspects de la prévention, de l’agronomie, de l’innovation, ou de l’observation fine des cultures.
par Sandy BERGÈS
La prévention, un levier essentiel
En agriculture, les bioagresseurs sont souvent éliminés à posteriori de leur apparition par des produits phyto. La prévention, l’observation et l’utilisation de techniques agronomiques permettraient de limiter leur présence. Plusieurs leviers sont possibles :
- En grandes cultures, l’allongement et la diversification des rotations peut permettre de rompre ou réduire les cycles des adventices, des maladies ou des ravageurs. Il est possible d’alterner les cultures d’hiver et de printemps, d’introduire des légumineuses ou des cultures intermédiaires pour réduire la pression parasitaire et améliorer la fertilité des sols. Ces leviers sont notamment mobilisés dans les collectifs DEPHY grandes cultures, accompagnés par la chambre d’agriculture de Côte-d’Or (CA21 ; https://ecophyto-bfc.fr/collectifs-dagriculteurs).
- On dispose aujourd’hui d’un grand nombre de variétés adaptées (tolérantes ou résistantes) à des maladies (mildiou, fusarioses, septorioses, etc..) qui peut être un levier important. Ces choix de variétés sont importants en grandes cultures mais d’autant plus en maraichage pour limiter les traitements fongiques sous abri ou en plein champ.
- Souvent oublié et considéré comme un support de culture inerte, la santé du sol et sa structure sont déterminants pour avoir des cultures plus vigoureuses et donc moins sensibles aux attaques de pathogènes. Travailler le sol de manière raisonné, faire des apports de matière organique ou implanter des couverts végétaux participent à cette prévention, comme le montrent les travaux menés sur la plateforme CA-SYS de l’INRAE à Bretenière (21 ; https://plateforme-casys.hub.inrae.fr/).
Gestion des adventices :
des solutions agronomiques aux outils mécaniques
La gestion des adventices et à fortiori le désherbage est l’un des principaux postes d’utilisations de produits phytosanitaires, en particulier les herbicides. Il existe plusieurs techniques et leviers d’actions pour limiter les adventices et réduire l’utilisation de produits phyto.
- Réaliser des faux semis pour induire et détruire la levée d’adventices avant l’implantation de la culture.
- Utiliser le machinisme pour réaliser du désherbage mécanique comme la herse étrille, des bineuses guidées par caméra ou tout autre outils utiles. En BFC, les groupes DEPHY Grandes Cultures testent des solutions de désherbage mécanique (herse étrille, houe rotative, binage), avec un suivi de l’IFT et des retours d’expérience terrain (https://ecophyto-bfc.fr/collectifs-dagriculteurs; https://ecophytopic.fr/dephy).
- Agir sur la densité et la date de semis adaptés pour favoriser la compétitivité de la culture vis-à-vis de l’adventice.
- En maraichage, il est possible d’utiliser des paillages (plastique, biodégradable ou organique).
- Réaliser du désherbage thermique ou mécanique de précision. Des journées techniques sont souvent organisées par la CA21 ; comme celle organisée en mars 2026, sur le désherbage mécanique du blé, avec la démonstration de matériel, IFT et retour d’expérience en partenariat avec la FRCUMA.
- Et bien sûr intégrer le travail manuel ciblé, plus particulièrement sur les cultures à forte valeur ajoutée.
La combinaison de plusieurs leviers permet de réduire fortement, voire supprimer l’usage des herbicides sur certaines cultures. À l’échelle territoriale, certaines démarches associent directement réduction des phytosanitaires et protection de la ressource en eau.
La Chambre d’agriculture de Saône‑et‑Loire (CA71) accompagne les agriculteurs du bassin de la Guyotte dans un projet de réduction des pollutions phytosanitaires, reposant notamment sur la promotion de la herse étrille, la réduction des doses d’herbicides et un suivi des pratiques et de la qualité de l’eau (https://www.saone-et-loire.gouv.fr/contenu/telechargement/18611/172102/file/web_plaquette_reduction_produits_phyto-1.pdf).
Stratégies intégrées de protection des cultures
L’observation régulière de ses cultures est un levier clé et essentielle pour agir au bon moment et avec les bons produits. Il existe des outils permettant de faire de la prévention et d’aider à l’observation comme des pièges, des outils d’aide à la décision (OAD) ou des bulletins de santé du végétal (BSV).
L’observation et l’anticipation peuvent également s’appuyer sur des outils météo connectés. En BFC, la CA70 (Haute-Saône) et la CA21 ont déployé un réseau de stations météo connectées, couplé à des OAD, permettant de mieux positionner les interventions (désherbage, protection des cultures, irrigation) en fonction des conditions climatiques réelles.
Ces outils contribuent directement à la réduction des produits phytosanitaires en limitant les interventions inutiles ou mal positionnées (https://cote-dor.chambres-agriculture.fr/etre-accompagne-1/prestations-agriculteur-proagri/detail-de-la-prestation/reseau-stations-meteo-connectees ; https://network.sencrop.com/pages/056b39a0-7fdb-11ea-b2d1-99935a057faf).
Il est aussi important de conserver et d’introduire des auxiliaires (coccinelles, syrphes, parasitoïdes, carabes) au sein de sa culture et surtout en maraichage. Pour favoriser leur implantation, il est nécessaire d’installer des infrastructures agroécologiques (tas de bois, murets, zones refuges, zones humides), mais aussi des haies, des bordures enherbées ou des bandes fleuries. Ces aménagements ont un impact direct sur la régulation naturelle des ravageurs comme le montrent les projets territoriaux en BFC, notamment ceux associés aux dynamiques Terres Inovia – R2D2 et CONCERTO (https://www.terresinovia.fr/fr/institut/projets/r2d2; https://www.terresinovia.fr/fr/institut/projets/concerto) ou dans le groupe DEPHY Ferme Horticulture BFC animé par ASTREDHOR (https://ecophytopic.fr/dephy/groupe-dephy-ferme-horticulture-bourgogne-franche-comte).
L’utilisation des biocontrôles ou solutions alternatives peuvent être une alternative aux produits phytos. Aujourd’hui, il y a un grand panel de biocontrôles disponible sur le marché efficace suivant l’espèce de plantes et le ravageur ou à plus grand large spectre. Ces solutions peuvent être à base de micro-organismes (bactéries, champignons, phages), de substances naturelles (huiles essentielles, extraits de végétaux) ou de phéromones (confusions sexuelles). Ces solutions sont aussi un levier important pour réduire les IFT tout en sécurisant la production un maximum, mais il demande une technicité plus importante de la part de l’agriculteur.
Concevoir des systèmes de culture plus résilients
Le raisonnement à l’échelle du système est indispensable pour éviter le simple transfert de problèmes.
En grandes cultures, il va être nécessaire à court terme de réaliser une agriculture de conservation des sols. De réaliser quand c’est possible des semis sous couvert et de réduire le nombre de passages de tracteur ou labour, pour augmenter la résilience globale des cultures. Ces pratiques, expérimentées notamment sur la plateforme CA‑SYS de l’INRAE en Côte‑d’Or, nécessitent toutefois un accompagnement technique et une phase d’apprentissage pour les agriculteurs (https://u2e.isc.inrae.fr/dispositifs-et-equipements/plateformes/ca-sys).
En maraichage, c’est un peu plus simple d’intégrer une notion de résilience des cultures, car la surface est souvent plus petite qu’en grandes cultures. Il est plus démocratisé de réaliser une agriculture de conservation des sols, mais aussi d’allonger les rotations ou d’associer les cultures en elle.
Accompagner la transition par l’innovation et la formation
La transition vers des cultures plus résilientes ne peut se faire sans formation et innovation. Il est important d’intégrer les nouvelles technologies (capteurs, imagerie, robotique de désherbage, OAD) mais aussi de favoriser le partage d’expérience entre agriculteurs tout en ayant un appui du réseau de développement, des chambres d’agriculture, des instituts techniques et pôle d’innovation.
Les projets collectifs et les expérimentations locales, tels que les réseaux DEPHY ou les projets territoriaux portés en BFC, constituent des leviers essentiels pour aider aux changements et sécuriser les productions. Cette dynamique est illustrée par l’appel à projet “AgroTech InnoV”, porté par la CA21 en partenariat avec la CA58, AgrOnov, les CUMA et la FRCUMA.
Ce dispositif vise à accompagner les agriculteurs dans l’adoption d’innovations en grandes cultures et en maraîchage, à travers des démonstrations de matériel, la diffusion de bulletins techniques, et la présentation de bio solutions et d’agroéquipements contribuant à la réduction des produits phytosanitaires. D’autres projets sont portés au sein de la région BFC, comme le Défi’T Oser par la chambre régionale d’agriculture (CRA), la Ferme pilote ou Phytapi par la CA70 ou Com’Cep-Terr par la CA89 (https://draaf.bourgogne-franche-comte.agriculture.gouv.fr/appel-a-projets-territorialisation-d-ecophyto-zoom-sur-les-laureats-a3364.html).
Une journée technique pour illustrer concrètement la réduction des produits phytosanitaires en Côte-d’Or
Dans le cadre de la dynamique de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, la journée technique INNOV’ACTION s’inscrit comme un rendez‑vous incontournable du calendrier agricole en Côte-d’Or. Organisé le 19 mai 2026 à 13h30 par la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or et AgrOnov, en partenariat avec la Ferme de Tart‑le‑Bas (exploitation agricole d’Agro Campus Dijon), cet événement met en lumière des solutions concrètes pour renforcer la résilience des exploitations en grandes cultures et en maraîchage.
Cette édition sera consacrée à un levier majeur de la transition agroécologique : l’agroéquipement et les bio solutions. Les échanges et démonstrations permettront d’illustrer plusieurs axes techniques essentiels à la réduction des phytosanitaires, notamment :
- Le désherbage mécanique et de précision,
- Le machinisme agricole et la robotisation,
- Les solutions innovantes,
- Les stratégies de diversification des systèmes de culture.
Tout au long de la journée, un large panel de matériels et de solutions sera présenté en conditions réelles, directement par les constructeurs, experts techniques et spécialistes. Ces démonstrations offriront aux participants l’opportunité de comparer les équipements et d’échanger sur leur intégration dans les systèmes de production. Seront notamment mis à l’honneur :
- Des agroéquipements: WALTER x ERMAS avec leur bineuse pour désherbage mécanique ; ARVALIS avec leur herse étrille Treffler et GEOCHANVRE avec leur pailleuse/planteuse avec paillage biodégradable.
- Du désherbage mécanique et de précision: DEMETERRE x ECOROBOTIX avec leur désherbage ultraprécis.
- De la météo connectée: SENCROP et leur stations agro-météo locales et données de météo de précision.
- De la pulvérisation intelligente: HORSCH x OUVRARD avec leur pulvérisateur Horsch Leeb 5LT et AGCOOPILOT avec leur technologie de pulvérisation intelligente.
- Des bio solutions: De SANGOSSE avec le LIMACAPT pour réduire la pression des limaces ; LALLEMAND avec leur bio solutions microbiologiques (Lalstop G46 WG et M52) et ROVENSANEXT avec leur bio solution à base d’HE d’orange (Prev-Gold et Oricide-Plus)
- Présentation de résultats d’essais: CA21 sur un retour d’essai en biocontrôle/biostimulant sur maraichage et AGRO CAMPUS DIJON sur la restitution de résultats et d’essais sur 5 bio solutions sur maladie en grandes cultures.
Les objectifs de cette journée sont à la fois simples et opérationnels :
- Découvrir des innovations testées et éprouvées,
- Échanger directement avec les acteurs techniques et d’autres agriculteurs,
- Repartir avec des solutions concrètes, transposables sur son exploitation.
À travers INNOV’ACTION, l’enjeu est clair : montrer que la réduction des produits phytosanitaires passe aussi par l’innovation, le partage d’expériences et l’expérimentation collective.