par Liselore MARTIN
La stratégie nationale bas carbone (SNBC) a un objectif de neutralité carbone à horizon 2050, elle déploie des objectifs par secteur d’activité, en comparaison à nos émissions passées. Si l’agriculture est le 2ème secteur d’activité émetteur en France, c’est aussi le seul secteur (avec la forêt), à pouvoir séquestrer du carbone dans ses sols et ses plantes pérennes.
Alors quel est le lien entre votre stratégie de décarbonation et l’agriculture ? Explications.
Vos émissions, et votre stratégie de décarbonation.
Toute stratégie de décarbonation commence par un audit, ou un bilan carbone de vos activités. Le bilan carbone est par ailleurs obligatoire pour toute entreprise de plus de 500 salariés depuis la Loi Grenelle de 2010,et réalisé tous les 4 ans. Nombreux sont les bureaux d’étude qui proposent cette prestation.
Quelle que soit la taille de votre entreprise, le bilan carbone est un effort nécessaire pour lancer une démarche intelligente. Une fois cet audit fait, vous pouvez mettre en place un plan de réduction de vos émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, B3PROWATT, membre d’AgrOnov, fait un focus sur vos consommations d’énergie pour vous proposer les solutions les plus durables, et des outils de suivi permettant d’optimiser vos consommations.
En parallèle de cette réduction, l’économie, même circulaire, génère toujours des émissions, et on considère que toute activité possède un résidu d’émissions qu’elle ne pourra plus réduire.
C’est là qu’intervient la compensation carbone : il s’agit de compenser les émissions non réductibles en soutenant la transition bas carbone dans d’autres secteurs d’activité. Inutile de dire que toute démarche de compensation non associée à un plan d’action de réduction serait rapidement qualifiée de GreenWashing.
L’ADEME a fait un guide qui présente les cinq bonnes pratiques de compensation, à télécharger ici.
Ces cinq pratiques sont :
- Faire et rendre public un bilan des émissions GES
- Choisir des projets de compensation labellisés
- Privilégier des projets avec une approche développement durable
- Equilibrer les projets soutenus sur le sol national, et à l’international
- Communiquer de manière responsable.
Les marchés de Crédits Carbone
En tant qu’entreprise, ayant une empreinte carbone, vous pouvez être soumise au marché obligatoire, mais pour la plupart des TPE / PME, vous relevez plutôt du marché volontaire. C’est-à-dire que vous pouvez acheter des crédits carbone, dans une démarche engagée de responsabilité sociétale des entreprises, et dans le cadre de votre stratégie de décarbonation.
Ce marché est cadré, il génère des crédits carbone certifiés, labellisés et dans des démarches de confiance. Ils sont vendus par des mandataires, qui rassemblent les crédits carbone pour les vendre.
Le Label Bas Carbone
C’est dans ce cadre de marché volontaire que le Label Bas Carbone a été créé, avec une entrée opérationnelle en 2022 en France. Donc vous vous adressez à un mandataire de crédits carbone issus de l’agriculture, pour compenser vos émissions non réductibles, et sur le marché agricole, vous pouvez être rassurés car les crédits carbones sont labellisés « Label Bas Carbone » (bonne pratique 2 proposée par l’ADEME). Ce label repose sur plusieurs principes, que EDF présente ici.
- Mesurabilité : les réductions d’émissions doivent être mesurées de manière précise et sur la base d’une méthodologie reconnue.
- Vérifiabilité : un auditeur indépendant doit vérifier annuellement les économies de GES réalisées par le projet.
- Permanence : les réductions d’émissions doivent être maintenues sur une période de temps définie, généralement au moins 7 ans.
- Additionnalité : les réductions doivent être additionnelles, c’est-à-dire qu’elles n’auraient pas eu lieu sans l’intervention du projet et les revenus générés par la vente des crédits carbone.
Comment ça fonctionne concrètement ?
A la base, on retrouve des méthodes labellisées et déployées par les acteurs de la recherche techniques agricoles. Ces méthodes sont déployées par filière et leviers : grandes cultures, élevage, haies, méthanisation, etc. On retrouve aussi des acteurs sérieux qui accompagnent les agriculteurs dans leur démarche, depuis le diagnostic, jusqu’à la fin du projet. Certains acteurs ont même obtenu des financements régionaux pour réduire le reste à charge du diagnostic pour l’exploitant agricole.
Ceci étant dit, le fonctionnement reste le même que le vôtre, dans votre processus de décarbonation :
- Diagnostic et audit
- Engagement à séquestrer du carbone et/ou à réduire les émissions de gaz à effet de serres liées à l’exploitation agricole.
- Suivi dans le temps et bilan.
La particularité agricole :
- Les agriculteurs s’engagent dans des projets bas carbone d’une durée de 5 ans.
- Ils bénéficient d’un accompagnement, et échangent entre paires.
- Les leviers sont nombreux et complémentaires, certains spécifiques à certaines filières agricoles :
- Couverts végétaux
- Diminution des conso GNR
- Haies
- Alimentation animale locale (soja)
- Réduction des intrants avec l’implantation de légumineuses par exemple
- Réduction du poids de la bouteille de vin
Entre 2020 et février 2025, 140 projets ont été labellisés dans notre Région BFC, représentant 486 000 tonnes de CO₂ valorisées. Cela correspond aux émissions annuelles de la ville de Besançon en 2018.
A vous de jouer !
Vous l’avez compris, c’est une démarche accompagnée, outillée et labellisée en laquelle vous pouvez avoir confiance ! A vous de jouer pour dynamiser le marché du crédit carbone volontaire !
Et financièrement, ça donne quoi ?
Il s’agit bien d’une opération financière : vous achetez des crédits carbone, et ils peuvent avoir une valeur différente :
- En fonction des co-bénéfices générés par les pratiques (impact sur la qualité des sols, de l’eau, etc.)
- En fonction des zones géographiques (3€/TCO2eq. à l’étranger, contre 40 à 60€ en France).
On est d’accord : dans votre rapport de développement durable, c’est le nombre de tonnes équivalent carbone que l’on va retenir ! C’est pour cette raison que l’ADEME rappelle que c’est important de soutenir des projets à l’international et au national, pour avoir un impact sur votre territoire également.
Les agriculteurs n’ont pas pour métier de vendre des crédits carbone, le marché s’est donc structuré autour de mandataires, qui rassemble ensemble des agriculteurs autour d’un même projet, proposant ainsi une enveloppe de crédits carbone.
Certains mandataires vont se démarquer avec une approche agricole très différenciantes comme Du Carbone au Cœur des Sols par exemple, et d’autres sont plus généralistes, comme OKLIMA by EDF, ou dédié à la forêt, avec La Forestière.
Votre bilan carbone étant fait, pensez à la compensation, et surtout dans l’intérêt de soutenir les transitions agricoles sur votre territoire ! Bientôt 700 projets Label Bas Carbone financés à 100%, rejoignez la dynamique !
Des agriculteurs engagés !
On s’est rendu chez les exploitants engagés dans un projet bas carbone !
2023 – Compatibilité agriculture bas carbone et agriculture bio ?
2024 – Polyculture élevage et bas carbone.
C’est LE levier le plus évident, remettre des animaux sur les exploitations pour réduire l’impact de l’agriculture. Lien vers l’article du BP sur cette matinée.
2025 - Bas Carbone et méthanisation
Les efforts sont déjà mis sur le système pour la méthanisation et il reste peu de leviers à mettre en place pour générer de nouvelles réductions d’émission et donc des crédits carbone.
Sachez aussi que le Comité de Vins de Bourgogne, qui représente la filière viti-vinicole, s’est engagé dans une démarche, et achète elle-même des crédits issus de la filière forestière par exemple.
Et nous avons travaillé ensemble à sensibiliser les viticulteurs sur des petits gestes qui participent à la diminution des émissions carbone des activités de la filière.
Vous avez davantage de questions ?
Adressez-vous à Landry DOKO, chargé de projet innovation agricole chez AgrOnov !