Lors du Forum des Opportunités organisé par le Conseil Départemental de Côte-d’Or, la Chambre d’Agriculture de Côte-d’Or et AgrOnov le 4 mars 2026 à Talant (21), l’une des conférences portaient sur la gestion des exploitations. AgrOnov vous décrypte les conclusions et proposent quelques leviers pour avancer dans ce contexte, grâce à l’innovation, et la diversification.
par Liselore MARTIN
Situation économique
Le Cerfrance Bourgogne-Franche-Comté, et notamment Mathilde SCHRYVES, responsable des études économiques a dressé un tableau très clair de la situation des exploitations. Ce qu’il faut en retenir !
Les aléas actuels, qu’ils soient réglementaires, climatiques ou économiques apportent un grand manque de visibilité pour le monde agricole. C’est particulièrement le cas pour les intrants dont les céréaliers dépendent beaucoup, les notamment les engrais, ou bien dans la filière viticole, les droits de douane pour l’export de nos vins.
On constate également une baisse de rendement dont l’explication est multi factorielle : l’état des sols, la disponibilité en eau, les aléas climatiques, la disponibilité des produits de protection et de croissance, etc. Ces effets se conjuguent et donnent les résultats que l’on connait aujourd’hui et vient challenger les acteurs dans leur rôle.
Quelques chiffres sur l’inflation depuis 2020 :
- Le prix du carburant et des engrais a été multiplié par 3 en 3 ans.
- En grandes cultures, le matériel a pris +25% et l’impact s’élève à 600€/ha
- En élevage, le matériel a pris aussi 25% mais l’impact sur le prix est plutôt de l’ordre de +35% car les équipements sont plus technologiques, plus confortables, plus connectés.
En aparté, les aléas quels qu’ils soient apportent un grand manque de visibilité. C’est vrai pour les exploitations agricoles, mais également pour le secteur de l’énergie. L’agriculture, tout comme les projets de production d’énergie, sont des secteurs d’activité qui doivent se projeter sur du long terme, 10 ans minimum. Ce manque de visibilité créé un inconfort certain dans les projets et les choix des exploitants.
Quels impacts sur les exploitations dans les filières ?
En système céréalier, le prix de vente de la production n’a pas augmenté assez pour couvrir l’augmentation des charges. On parle de l’effet ciseau produit – charge. C’est un système qui a moins d’amortisseur pour faire face à la variabilité et complique beaucoup le métier d’agriculteur.
En revanche, en élevage, la conjoncture économique est plus favorable à l’élevage. En BFC, il y a un fort lien entre fourrage et élevage, donc le système est davantage protégé vis-à-vis des variabilités, et les augmentations des prix de vente ont permis de couvrir l’inflation. Néanmoins, la filière est soumise à de nouvelles épizooties, et le temps d’adaptation peut paraitre long, à la fois par les éleveurs, et ceux qui les accompagnent pour trouver des solutions à ces nouveaux problèmes.
Les systèmes en agriculture biologique et polyculture élevage sont moins soumis à cette variabilité.
Les agriculteurs installés en agriculture biologique sont beaucoup plus économes en intrant donc moins soumis à la volatilité des prix. Le risque est moins grand car la sortie d’argent à chaque campagne est plus faible qu’en système conventionnel. Cependant ils ont subi le décalage entre offre et demande après la crise covid. On note aussi la complexité du système puisque les revenus sont supérieurs en moyenne, il y a plus d’aides, mais aussi plus d’autres revenus (non céréaliers). Ceci s’explique parce que le système en AB fonctionne à conditions d’avoir d’autres activités (fourrage, intrant organique, etc.) ; et la cohérence globale du système nécessite d’intégrer de nombreux leviers.
Les exploitations en polyculture élevage avec céréales, bovins viande et volaille se montrent aussi plus résiliente dans les chiffres.
Les leviers pour être plus résilient
Instabilité et variabilité sont la contrainte actuelle des systèmes. Alors comment apporter de la stabilité aux systèmes ? Comment aller chercher de la robustesse ?
Les propositions du Cerfrance Bourgogne Franche-Comté sont soumises à discussion dans la salle du forum des opportunités.
- Simplifier : on peut être plus performant ponctuellement, car on se spécialise, mais on augmente les risques en cas d’aléas. « Se diversifier, seul, c’est compliqué car cela demande des compétences supplémentaires » (réaction agriculteur). Etre seul enlève de la marge de manœuvre, et il faut être capable d’aller chercher en réseau des compétences.
- Stocker : plutôt des fourrages, de l’eau. « Les céréales.. ça fait 2 ans qu’on déstocke moins cher que le prix au départ. Cela dépend de la trésorerie aussi ». La préconisation ici vise à financer le stock et le fonds de roulement pour anticiper le cout du stock, notamment auprès des banques. C’est éminemment à coupler avec la stratégie dont on le met en vente.
- Suivi de parcelle et technicité, ce levier montre un réel effet sur l’efficacité des engrais et la productivité finale.
Martin LECHENET, responsable DATA de l’Alliance BFC présente aussi le levier sur la valorisation du changement de pratique via l’entrée bas carbone. Il s’agit de se diversifier pour produire des services environnementaux valorisables dans des filières à valeur ajoutée.
Le numérique comme pilier pour la diversification
Par rapport aux leviers abordés, l’innovation apporte une réelle valeur aux agriculteurs.
Commençons par les capteurs et outils d’aide à la décision qui permettent à l’agriculteur, céréalier ou éleveur, de bien connaitre son outil de production et d’en tenir compte dans ses choix d’itinéraires.
Les outils numériques, qu’ils intègrent ou pas l’intelligence artificielle, permet d’avoir accès à des données marché et de vendre au bon moment. C’est aussi au travers de la data que l’Alliance BFC gère une remontée de donnée de manière automatique et la transforme en donnée élaborée liée à la décarbonation.
La masse de données disponibles permet également de simuler le climat à horizon 5, 10, voire 75 ans dans ces certains cas pour définir son assolement ou envisager une diversification plus profonde. C’est le travail réalisé par Séverin YVOZ et présenté lors de La Croisée des Champs, organisée par AgrOnov en mai 2025 (retrouvez l’article complet ici : lien vers).
Le numérique permet aussi aux exploitants agricoles d’avoir accès aux données historiques de production, solutions mises en place, et donc de réassurer leurs choix, mais aussi d’apporter matière et connaissance dans des projets de diversification qui peuvent faire peur à prime abord.
La diversification comme levier pour la résilience
Le Cerfrance Bourgogne-Franche-Comté le disait dans ses conclusions, la diversification permet de diluer le risque face aux aléas. Cela donne tout son sens à une action telle que le Forum des Opportunités dont l’objectif est de présenter aux agriculteurs, les opportunités de diversification qu’ils peuvent mettre en place sur leur exploitation, à différents niveaux.
Au niveau agronomique, l’Alliance BFC a mis en place depuis 2021 une plateforme de nouvelles cultures, adaptées au climat de demain dans le territoire : 30 espèces sont testées, avec des tests sur les précocités, la maitrise du verger, de la technicité, etc. En parallèle, un travail important sur les débouchés marché est réalisé et primordial. Il y a de vraies opportunités sur les pommes à jus, pommes à couteau, poires, abricots, quand le marché est plus petit pour les plantes médicinales, aromatiques et à parfum. L’agroforesterie, présenté par les Pépinières Naudet, est aussi intéressante tant agronomiquement que financièrement, et pour les paysages. Les légumineuses et protéagnineux sont également un levier largement étudié pour les enjeux d’autonomie protéique.
Au niveau des ateliers de production, on retrouve des possibilités de construire des élevages de volaille, de porcs, des filières qui dont le taux d’importation est important et pour lesquelles une production française ferait beaucoup plus de sens vis-à-vis de la souveraineté. Obione propose des démarches et méthode de bien-être animales pour être cohérent vis-à-vis des attentes des consommateurs.
Enfin, le pôle énergie propose également des opportunités sur les panneaux solaires en toiture, an agrovoltaïsme, la méthanisation.
Diversification et innovation, un lien fort
On ne peut dissocier diversification et innovation. Les exploitants mettent en place de nouvelles pratiques, nouveaux leviers, nouveaux ateliers, qui peuvent être maitrisés déjà dans d’autres Régions, et peuvent aussi être beaucoup plus nouveau, avec moins de références et résultats connus et partagés (comme c’est le cas pour l’agrivoltaïsme, ou les abricots en Région).
Ces diversifications ne pourront se faire qu’en tenant compte de deux enjeux majeurs. Celui de la gestion et la maitrise de l’eau, indispensable pour produire, et qui a fait l’objet d’un manifeste produit par la Chambre d’Agriculture de Côte-d’Or (lien vers https://cote-dor.chambres. Le deuxième enjeu est celui de la main d’œuvre et donc de l’attractivité des métiers.
Face à ces deux enjeux et à tous ceux que rencontre l’agriculture, AgrOnov, en tant que pôle d’innovation, œuvre, avec ses adhérents, pour apporter des solutions aux besoins concrets du terrain : biosolutions pour réduire les intrants chimiques et produire mieux, solutions d’irrigation ou de potabilisation de l’eau, robotique agricole pour l’absence de main d’œuvre et image innovante de l’agriculture pour l’attractivité des métiers. La compréhension du fonctionnement du sol est également au cœur de nos réflexions et de nos actions, ainsi que l’amélioration de sa fertilité. Les exemples sont nombreux : projet FILOLEMA répond aux enjeux d’autonomie protéique grâce à une luzerne mieux valorisable, l’analyse des données de vinification pour adapter ton itinéraire d’élevage au changement climatique, récolte mécanisée des asperges, outils permettant aux agriculteurs de travailler en toute sécurité, etc.